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Vivre avec des troubles d’érection : comment préserver sa vie intime et son bien-être - plaisir au delà de l'érection

Photo du rédacteur: Sibylle Rupprecht
Sibylle Rupprecht
14 août
7 min de lecture

Les troubles d’érection sont une réalité fréquente qui touche de nombreux hommes, quel que soit leur âge ou leur situation personnelle. Pourtant, le sujet reste encore largement tabou. Beaucoup vivent cette difficulté dans le silence, avec parfois le sentiment que quelque chose d’essentiel dans leur sexualité leur échappe.


Car derrière la difficulté d’érection se joue souvent bien davantage qu’une réaction physiologique. Elle peut toucher la confiance en soi, l’image que l’on a de sa masculinité, la relation à son corps, mais également la relation avec son ou sa partenaire.


Et surtout, elle vient parfois bouleverser une conception profondément ancrée de la sexualité : celle selon laquelle un rapport sexuel réussi devrait nécessairement passer par une érection suffisamment ferme pour permettre une pénétration.


Or, c’est précisément cette croyance qu’il peut être intéressant de questionner.


L’impact psychologique et relationnel des troubles d’érection

Vivre avec des troubles d’érection peut engendrer frustration, inquiétude, perte de confiance en soi et parfois honte. Une première difficulté peut suffire à installer une appréhension : Et si cela recommençait ? À partir de là, l’attention peut progressivement quitter les sensations pour se concentrer sur la performance. Au lieu de ressentir ce qui se passe dans son corps, on commence à observer son érection, à vérifier si elle est suffisamment ferme, si elle va tenir, si l’on va pouvoir pénétrer. La sexualité devient alors une sorte de test.


Cette surveillance de soi peut alimenter l’anxiété et créer un cercle vicieux : plus on cherche à contrôler l’érection, plus il devient difficile de se laisser aller à l’excitation.

Sur le plan relationnel, le silence peut également créer des malentendus. La personne concernée peut éviter les rapprochements par peur de se retrouver confrontée à une nouvelle difficulté. De son côté, le ou la partenaire peut interpréter cet éloignement comme un manque de désir ou d’attirance. Il est donc essentiel de rappeler qu’un trouble de l’érection ne définit ni la valeur d’une personne, ni sa masculinité, ni sa capacité à donner ou à recevoir du plaisir.


Quand la pénétration devient synonyme de « vrai rapport sexuel »

Dans notre représentation traditionnelle de la sexualité, la pénétration occupe une place centrale. Nous parlons d’ailleurs souvent de « préliminaires » pour désigner tout ce qui vient avant : les baisers, les caresses et éventuellement le sexe oral. Le mot lui-même est révélateur.


Un préliminaire est, par définition, quelque chose qui prépare à ce qui va suivre. Cela sous-entend donc qu’il existe ensuite un acte principal : la pénétration.


Beaucoup de rapports sexuels suivent ainsi un scénario relativement codifié : rapprochement, quelques caresses, excitation, érection, pénétration, orgasme — souvent masculin — puis fin du rapport.


Ce scénario n’a rien de problématique lorsqu’il correspond aux envies des personnes concernées. Il le devient lorsqu’il est vécu comme la seule manière valable d’avoir une relation sexuelle. Car lorsque la pénétration devient le centre de toute la sexualité, l’érection devient mécaniquement indispensable. Et lorsqu’elle devient incertaine, c’est parfois toute la vie sexuelle qui semble soudainement compromise.


Et si nous arrêtions de parler de « préliminaires » ?

Une autre manière d’aborder la sexualité consiste à ne plus considérer certaines pratiques comme de simples étapes destinées à préparer la pénétration. Un massage sensuel peut être une expérience sexuelle complète. Des caresses peuvent être une expérience sexuelle complète. Le sexe oral, la masturbation mutuelle, les jeux de sensations ou simplement le fait d’explorer lentement le corps de l’autre peuvent également constituer une sexualité à part entière.


Il n’existe aucune obligation à ce qu’une rencontre sexuelle conduise quelque part. Elle n’a pas nécessairement besoin de commencer par des caresses pour aboutir à une pénétration, puis à un orgasme. Elle peut évoluer, ralentir, changer de direction, s’arrêter puis reprendre.

La sexualité peut être une exploration plutôt qu’un parcours avec une ligne d’arrivée.

Cette manière de penser devient particulièrement intéressante lorsque l’érection est fluctuante. Au lieu que sa disparition signifie automatiquement « le rapport est terminé », elle devient simplement une variation parmi d’autres de ce qui se passe dans le corps.


Redécouvrir un corps sexuel qui ne se limite pas aux organes génitaux.


Nous avons également tendance à réduire la sexualité à quelques zones du corps : le pénis, la vulve, le vagin, les seins. Pourtant, notre corps possède une capacité sensorielle extraordinaire. La nuque, le dos, le ventre, les cuisses, les fesses, les oreilles, les mains, le cuir chevelu ou encore l’intérieur des bras peuvent devenir des territoires érotiques lorsqu’on leur accorde du temps et de l’attention. La peau elle-même est un immense organe sensoriel. La température d’une main, la pression d’un toucher, un souffle, une odeur, une voix, un regard ou la proximité du corps de l’autre peuvent participer à l’excitation.


Cela suppose parfois de ralentir. Et surtout cela suppose de sortir du schéma érection, pénétration, orgasme.


Le massage sensuel, par exemple, permet de sortir d'une stimulation exclusivement génitale et de redécouvrir le corps dans son ensemble. Le toucher conscient invite à porter attention aux sensations plutôt qu'au résultat recherché. Certaines approches inspirées du tantra proposent également de ralentir, de travailler avec la respiration, le regard, la présence et les sensations corporelles, sans faire de la pénétration ou de l’orgasme l’objectif systématique de la rencontre. Il ne s’agit pas de remplacer une forme de sexualité par une autre, ni de transformer chaque relation sexuelle en expérience tantrique. Il s’agit simplement d’agrandir le champ des possibles.


Le cerveau : un organe sexuel trop souvent oublié


Lorsque nous parlons de sexualité, nous pensons immédiatement au corps. Pourtant, l’un de nos principaux organes sexuels se trouve ailleurs : le cerveau. Le désir et l’excitation sont influencés par les pensées, l’imaginaire, les fantasmes, les souvenirs, les émotions, le contexte, le sentiment de sécurité, la relation avec l’autre, mais également par l’anticipation.

Une phrase peut exciter. Un regard peut exciter. Un fantasme peut provoquer une réaction physique avant même qu’une main ne touche le corps.


À l’inverse, le stress, la peur de décevoir, la sensation d’être observé ou la pensée répétitive « Est-ce que mon érection va tenir ? » peuvent détourner l’attention des sensations et perturber l’excitation. C’est l’un des paradoxes des troubles d’érection : plus on exige du corps qu’il fonctionne, moins on lui laisse parfois la possibilité de réagir spontanément.

Réinvestir l’imaginaire, les fantasmes, le jeu, la séduction et l’anticipation peut donc faire partie d’une redécouverte de la sexualité.


Élargir son répertoire érotique


Lorsqu’un couple possède essentiellement un seul scénario sexuel — celui qui mène à la pénétration — une difficulté d’érection peut prendre une place immense. À l’inverse, plus le répertoire érotique est large, moins toute la sexualité repose sur une seule réponse physiologique.


Il peut alors être intéressant d’explorer ce qui procure du plaisir sans exiger nécessairement une érection : massages, caresses, sexe oral, masturbation mutuelle, jeux sensoriels, fantasmes partagés, jouets sexuels, toucher conscient, respiration, jeux de rôles ou simplement davantage de temps consacré à la sensualité. L’objectif n’est pas de créer une nouvelle liste de choses « à réussir ». Il s’agit au contraire de retrouver de la curiosité.


Qu’est-ce qui me fait du bien ? Qu’est-ce qui m’excite ? Qu’est-ce que j’aime donner ? Qu’est-ce que j’aime recevoir ? Qu’avons-nous envie d’explorer ensemble ? Comment fonctionne mon énergie sexuelle.


Ces questions peuvent progressivement remplacer une autre question devenue parfois envahissante : Est-ce que mon érection va fonctionner ?


La pleine conscience : revenir aux sensations plutôt qu’à la performance

La pleine conscience peut également aider à retrouver une sexualité davantage centrée sur les sensations. Lorsqu’une personne souffre de troubles d’érection, elle peut devenir spectatrice de sa propre sexualité : elle observe son corps, analyse ses réactions et anticipe ce qui pourrait mal se passer.


Revenir volontairement à ce que l’on ressent — la chaleur d’une peau, une respiration, une pression, une odeur, une sensation agréable — permet progressivement de déplacer l’attention du contrôle vers l’expérience.


Il ne s’agit pas de se forcer à « lâcher prise », ce qui constituerait encore une nouvelle injonction, mais d’apprendre à accueillir les sensations sans leur imposer immédiatement un résultat. Il s'agit par contre fortement de chercher une sexualité détachée de l'érection, et aussi de l'orgasme par l'éjaculation.


Comprenons bien que l'on peut éjaculer sans orgasme et avoir un orgasme sans éjaculer.


Communiquer dans le couple ou à une thérapeute pour ne plus porter le problème seul


La communication joue également un rôle fondamental. Oser dire : « J’ai peur que cela recommence », « Je me sens sous pression » ou « J’aimerais que nous explorions notre sexualité autrement » peut être difficile. Mais ces conversations permettent souvent de sortir d’un malentendu où chacun imagine ce que pense l’autre.


Le ou la partenaire peut aussi avoir besoin d’être rassuré sur un point essentiel : une difficulté d’érection ne signifie pas nécessairement une absence de désir.

Pouvoir parler de ses envies, de ses craintes et de ses limites permet de remettre les deux partenaires dans la même équipe plutôt que de laisser chacun vivre la situation de son côté. En plus, si cela implique d'explorer une sexualité différente, on a intérêt de le discuter avec son/sa partenaire.


Préserver sa sexualité ne signifie pas renoncer à retrouver des érections


Élargir sa sexualité ne signifie évidemment pas qu’il faudrait simplement accepter les troubles d’érection sans chercher à en comprendre l’origine. Une difficulté persistante mérite une évaluation, notamment médicale, car certains troubles de l’érection peuvent être liés à des facteurs vasculaires, hormonaux, neurologiques, médicamenteux ou à d’autres problématiques de santé.

Les dimensions psychologiques et relationnelles doivent également être prises en compte.

Il ne s’agit donc pas de choisir entre traiter les troubles d’érection et apprendre à vivre une sexualité plus large.


Les deux démarches peuvent parfaitement se compléter.


Pourquoi consulter un sexothérapeute ?

Un accompagnement en sexothérapie permet d’explorer les différentes dimensions qui peuvent intervenir dans les troubles d’érection : anxiété de performance, confiance en soi, rapport au corps, croyances autour de la masculinité, dynamique du couple, communication, désir et habitudes sexuelles.

Mais le travail peut également consister à élargir progressivement la définition même de la sexualité.

·       Sortir du scénario unique.

·       Redécouvrir son corps.

·       Réinvestir les sensations.

·       Explorer son imaginaire.

·       Communiquer différemment avec son ou sa partenaire.

Et surtout, ne plus faire dépendre toute sa vie sexuelle de la présence ou de la fermeté d’une érection. Car une érection permet certaines pratiques sexuelles. Elle ne définit pas, à elle seule, une vie sexuelle.

Parfois, traverser une difficulté sexuelle peut aussi devenir l’occasion de découvrir quelque chose que l’on n’avait jamais vraiment appris : faire l’amour ne consiste pas seulement à faire fonctionner son corps.

C’est aussi ressentir, imaginer, toucher, recevoir, jouer, communiquer, découvrir — et se laisser surprendre.

 
 
 

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